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le piano jazz

Pianiste par Jean Duverdier

Le piano!…Beaucoup d’entre nous racontent qu’ils y ont été installés devant tout petits,  et que c’était une corvée… avec souvent un vieux prof qui leur tapait avec une règle sur les doigts, ou leur imposait  des gammes à n’en plus finir….la méthode rose…“le gai laboureur”!…Beaucoup de musiciens parfois célèbres , disent avoir abandonné et…. repris plus tard avec les copains…
Pourtant quel merveilleux instrument, peut- être le roi ?…Ce meuble imposant  qui devrait figurer dans tous les lieux publics comme autrefois…. est en même temps,  rythmique, harmonique et mélodique..Il est surtout visuel….Toutes les notes sont là sous nos yeux…le problème,  c’est de les bien jouer,  de se servir avec grâce de nos dix doigts,  et tout mettre dans l’ordre avec le bon tempo!…On peut y être soliste ou accompagnateur, quand ce n’est pas chef d’orchestre!…Vous raconter le piano jazz, c’est écrire un livre…Ici, je vais résumer avec modestie ce sujet inépuisable,  et  tenter de vous citer les principaux jazzmen du clavier, mes coups de cœur aussi…Beaucoup vont sursauter…Comment ne pas mettre en avant  untel ou tel autre?…pianissimo les amis!… allons y!….

Un des plus anciens chez les pianistes connus,  semble être Jelly Roll Morton, lequel , dans les années 20, se qualifiait volontiers  d”‘inventeur du jazz”… Rien que ça!… Dans les premières décennies du XXème siècle, le piano trônait dans les bouges de la Nouvelle Orléans, les barrelhouses, les  Honky tonks, avant d’occuper des places plus royales à Chicago… C’était  l’époque du rag time (Scott Joplin), du stride,   mais aussi du boogie woogie, adaptation du blues sur le clavier en plus vigoureux. C’est à cette période que se feront connaître Cliff Jackson, Willie Smith “the Lion” , Eubie Blake, Roosevelt Sykes, Memphis Slim, James P. Johnson ( “carolina shout“), Clarence Williams, Joe Turner, Sammy Price,  Albert Ammons,  ou encore  Lucky Roberts. Dans son article très documenté dans le “dictionnaire du jazz” de chez Laffont, le pianiste et professeur  français Philippe Baudoin raconte  que “la plupart des pianistes de jazz , dans ces années- là, ont eu une éducation musicale plus complète que celle des autres instrumentistes, ce qui explique qu’ils soient souvent arrangeurs et excellents compositeurs”. On pense à Duke EllingtonCount Basie, Jay Mc Shann, Fletcher Henderson, ou encore Earl Hines, à la tête de superbes orchestres. On peut également citer Teddy Wilson, grand accompagnateur. J’ai une tendresse particulière pour le débonnaire et trucculent Fats Waller , auteur de nombreux thèmes célèbres , comme “honeysuckle rose ” ou  encore “ain’t misbehavin”.

 

Dans les petites formations des années 30 et 40, vont briller de mille feux une multitude d’excellents pianistes (il y en avait autant de merveilleux qu’il y avait d’orchestres!) . Voici une sélection de ceux qui occupé les scènes et gravé lesplus beaux  microsillons durant la période avant l ‘ère bebop : Jess Stacy, Billy Kyle, Mary Lou Williams, Sir Charles Thompson, Billy Strayhorn, Dorothy Donegan, Shirley Scott,  Mel Powell, Clyde Hart, Johnny Guarnieri, Gerry Wiggins,  Cliff Smalls, George Shearing,  Roland Hanna, Eddie Heywood, Ken Kersey…. sans oublier Milt Buckner (que nous avons souvent applaudi notamment à l’orgue dans les années 70 sur la côte basque). Une place particulière doit être accordée a Nat King Cole, (voir mes billets qui lui sont consacrés) que nous connaissons crooner,  mais qui fut un génial pianiste (comme le Genius Ray Charles!) qui en inspiré plus d’un,  notamment le grand Oscar Peterson!.

L’élégance suprème, le talent , celui que l’on peut placer en tête,  tous styles confondus, c’est certainement Hank Jones,  lui aussi beaucoup applaudi sur les scènes du monde entier. Mais je m’aperçois que je vais trop vite , comme les doigts du starissime Art Tatum, un immense artiste à part, grand virtuose jamais égalé, mais plein de swing et d’invention qu’il faut savoir découvrir sous (parfois) des avalanches de notes arpégées.

Un autre phénomène, le très talentueux autodidacte Erroll Garner. Jamais aucun pianiste n’a autant swingué avec un style unique qui comme dirait un de mes amis, vous place sur un coussin d’air. Il fait partie de mes favoris!…

L’avènement du be bop (début des années 40) , a été l’occasion d’assister à des échappées, voire des brisures dans le bon ternaire qui de son côté, a traversé le maintream (grand courant) pour survivre avec bonheur aux différentes tempêtes. Pour illustrer ces passages tumulteux, Thelenious Monk, sorte de mage du clavier qui  a parfois donné l’impression à certains qu’il ne savait pas jouer du piano. De l’avis de beaucoup, il a, au travers d’un jeu déconcertant, quand il n’était pas taisant, révolutionné l’aspect harmonique et rythmique du piano jazz,  et a offert aux musiciens du monde entier  de très célèbres compositions comme “blue monk“, “ask me now” ou “round midnight”. Pour moi, Monk demeure un mystère…Plus boppeurs, Bud Powell (qui a beaucoup joué à Paris), Duke Jordan, Al Haig, Barry Harris,  ou encore Dodo Marmarosa, méritent la citation.

Ma préférence va certainement aux hard boppeurs (années 50) merveilleusement enregistrés par la firme “blue note” : Red Garland, Carl Perkins, Jacki Byard, Horace Silver, Kenny Drew, Junior Mance, Bobby Timmons et peut- être le plus attractif de tous, Wynton Kelly…

C’est dans leurs suiveurs pour la période contemporaine que l’on retrouve cette attitude commune. Tout pour la musique!… tout pour  un jazz fluide, swinguant avec constance,  ne se départissant jamais des nouveautés harmoniques et stylistiques nouvelles. Alors, comment ne pas être fascinés par Dave Mc Kenna, Jimmy Rowles, Tommy Flanagan,  Mac Coy Turner, Lou Levy,  John Bunch, Ray Bryant, Kenny Barron ou encore l’enthousiasmant Monty Alexander! ..Et puis par ceux qui suivent encore le grand courant….Rossano Sportiello, Bernd Lhotzky, Dado Moroni, Bill Charlap et le tout jeune Paolo Alderighi…

Dans ses pensées, son infinie concentration, courbé sur les notes, Bill Evans a cheminé (d’abord avec Miles Davis), puis en trio ou en solo dans une atmosphère étrange, mais d’une grande richesse, imprégnée de plusieurs cultures, notamment européennes. Ou classer Lennie Tristano, plutôt inspirateur?… Ou intégrer le très connu Dave Brubeck qui s’est joué des rythmes (“take five”, “rondo à la turk“)?  Un  prince du silence (au bon endroit!), majestueux par son toucher perlé, tout en retenue, captivant son public  par sa magie…..  je veux parler d’Ahmad Jamal . Admirable!

La tentation de fusionner, d’aller au devant des modes,  a permis à beaucoup d’excellents techniciens de passer au travers du free jazz du jazz rock, du jazz modal, électrique ou pop music, et de se forger une réputation flatteuse auprès des médias. Je citerai ici, sans qu’ils ne figurent en grand nombre dans ma discothèque (!) , Sun Ra, Cecil Taylor, Randy Weston, Randy Blake, Paul et Carla Bley, Chick Corea, Joe Zawinul, Gordon Beck,  Herbie Hancock, Brad Mehldau. Il me faudrait peut- être une autre vie pour bien les écouter et pour pouvoir les apprécier.. Le temps passe si vite… J’aime bien Keith Jarrett lorsqu’il joue les standards.

Et les pianistes français ?….. Souvent excellents, faisant parfois la pige aux américains, on peut citer, sans tenir compte des générations et des styles, Martial Solal, Bernard Peiffer, Raymond Fol, Henri Renaud , André Persiani, Claude Bolling, Jack Dieval, René Urtreger, Maurice Vander, Michel Legrand, Jacques Loussier (“playbach”) Georges Arvanitas, et chez les plus jeunes, Hervé Sellin, Michel Graillier, Antoine Hervé, Philippe Milanta, Stan Laferrière, Philippe Duchemin, Pierre Christophe, Franck Avitabile, Jacques Schneck, Bernard Rabaud, Jean Paul Amouroux, Louis Mazetier, Thierry Olle, Julien Brunetaud, Jean Marc Montaut, et bien sûr Michel Petrucciani…sans oublier Jacky Terrasson, le franco-américain que la côte basque a couvé, avant ses exploits chez “blue note“. ...

Un petit détour par les antilles dont ils sont originaires, pour évoquer Michel Sardaby, Alain Jean Marie, Mario Calonge, Chucho Valdes, Michel Camillo,  et Dominique Berose. Et puis, passant par les îles, je rappelle ici le talent des musiciens de Madagascar, Serge Rahoerson, Mahay Derra ou Jeannot Rabeson que mon ami Pierre Louvet, lui aussi excellent pianiste de métier, a apprécié comme moi à la Réunion…

Pour finir, et c’est mon plaisir, pourquoi ne pas évoquer les noms de ceux de la côte basque (mes potes!) Bob Sellers, André Dumoulin, Arnaud Labastie, Pablo Campos, Didier Datcharry , Michel Mariescu, Marina Pacowski,  Laurent Decourchelle et Pierre Louis Homo…. Et j’en oublie, qu’ils me le pardonnent!. Ils auront une chance en deuxième semaine!….

Il faut aimer le piano,  merveilleux instrument qui n’a pas fini de nous charmer….

Je ferme le clavier en espérant ne pas me faire pincer les doigts…

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2 Commentaires

  1. Une découverte récente d’un ancien..Bernard Peiffer, que j’ai juste cité, mais qui devrait mieux figurer dans les hits des fifties!..Une audace extarodinaire. Devenu citoyen américain, imcompris, mais vrai virtuose (à la Tatum!) …une de nos meilleurs frenchies…..

  2. Je les avais un peu perdus de vue….Il faut ajouter dans les pianistes de la côte basque Michel Lacrouts et André-Jean Lafaurie….tous deux maniant fort bien la plume, ou le clavier d’ordinateur…ce qui ne gâche rien….

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