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Art Tatum

tatum couv0n dit souvent que Art Tatum est le plus grand pianiste de jazz de tous les temps…. jamais égalé… J’aurais personnellement tendance à le penser… Mais le débat reste ouvert…. Tiens! J’aimerais bien avoir votre avis!…..

En tous les cas, il est vénéré par les pianistes eux-mêmes… Tenez…. une anecdote à ce sujet… Un soir, dans les années 40, Art Tatum entre dans un bar de New York. Le grand Fats Waller est au piano. Ce dernier s’interrompt, se lève  et s’adresse au public: ” Je joue du piano comme à l’accoutumée, mais ce soir, c’est Dieu en personne qui se trouve parmi nous!”. Magnifique, non ?

Il faut dire qu’Art Tatum, né le 13 octobre 1910 à Toledo dans l’Ohio, malgré le handicap d’une quasi complète cécité depuis son enfance, est apparu très vite chez les pianistes de Chicago mais aussi de New York, comme un véritable génie. Dans les années 20, la ville de la Nouvelle Orléans avait été désertée par les jazzmen qui créèrent à Chicago notamment, une nouvelle forme de jazz moins nomade. Le piano occupa vite une place de choix et les plus grands joueurs de stride inspirèrent fortement le jeune Art, lequel était déjà doté d’une excellente formation musicale acquise dans une école de non voyants. Il avait vite capté ce qu’il y avait de meilleur chez Willie Smith “the Lion” et James P.Johnson, pianistes à la robuste main gauche, se promenant à grande vitesse de la basse à l’accord, alors que la droite virevoltait, quand elle n’imitait pas la trompette, comme la main droite de  Earl Hines. Mais Art Tatum voulait faire encore plus, encore mieux…. Comme l’a joliment écrit Michel Perrin dans son “histoire du jazz” (1967 Larousse), il ” semblait avoir un plaisir physique à faire ruisseler des myriades de notes, à prendre sa revanche sur la nuit en tirant des feux d’artifice sonores”.

3593777[1]Nous y voilà…On a souvent critiqué  la virtuosité de Tatum!, sa propension a parcourir toutes les notes du piano à une vitesse vertigineuse et ce, de façon peut-être trop fréquente, ce qui peut déconcerter ou pousser certains à prétendre que c’est “too much”. Son jeu de façon plus générale pouvait déranger ou pour le moins surprendre…. On peut citer deux détracteurs célèbres. André Hodeir, qui soutenait que Tatum “était un virtuose sans ambition,  qui adoptait face à la musique une attitude trop formaliste”…. Bon, venant d’Hodeir, ça ne m’étonne pas. Mais en revanche, Boris Vian exagère quand il écrit dans ses célèbres chroniques de jazz en 1955 (il avait ses têtes!) que “Tatum,  n’arrivant pas à la cheville d’Ellington en matière de création, jouait très remarquablement la musique morte” (Vian faisait allusion à l’adaptation d‘Humoresque). Chacun ses goûts. Certains ont qualifié Tatum de “génial pianiste de bar”, ce qui n’est pas spécialement gentil!….

Pour ma part, je pense qu’il convient d’appréhender la virtuosité, l’afflux de notes, une certaine exagération, tous ces éléments donc, avec l’effet produit: des idées  inédites et renouvelées, un mise en place parfaite, une articulation modèle des deux mains, un embellissement permanent de la mélodie, une remarquable audace harmonique et disons-le, un grand swing. On aime ou on aime pas. Moi…j’aime!….Ca roule. C’est profond. Ca réchauffe le cœur!… C’est surtout surprenant!… Comme l’a écrit Stéphane Grapelli. “En l’écoutant en disque, j’ai cru longtemps qu’il y avait trois pianistes qui jouaient en même temps!”.

Il demeure incontestable que ce grand du jazz a influencé beaucoup de musiciens, et pas seulement des pianistes. C’est marquant lorsqu’on écoute le saxophoniste Coleman Hawkins, pourtant musicien plus âgé que lui, et le papa de beaucoup. C’est bien sûr chez les pianistes modernes, que l’empreinte a laissé de nombreux impacts. Je pense à Erroll Garner (un inconditionnel de Tatum qui parle à son sujet de “force d’expression unique”),  à Oscar Peterson (lui aussi taxé par certains d’excessive virtuosité!) à Bud Powell (pour l’articulation),  aux français Martial Solal et Bernard Peiffer, ou encore à McCoy Tyner. Les pianistes classiques comme Arthur Rubinstein, qui ont pu l’écouter en direct,  ont fait part de leur étonnement et leur admiration.

tatum Hamp et RichArt nous a quittés très vite, en 1956, à la suite d’une crise d’urémie. Il avait 46 ans. Bien jeune!….. On peut le voir sur de rares documents filmés avec le contrebassiste Slam Stewart et le guitariste Tiny Grimes. Ce trio avait été formé en 1946,  et se produisait souvent dans la 52ème avenue de New York. On retiendra dans la discographie tatumesque  les plages de 1944 au cours de “l’Esquire jazz concert”, avec Coleman Hawkins et Louis Armstrong,   “Tiger rag” de 1950, ou encore le “trio blues” avec Red Callender (basse) et Jo Jones (drums). J’ai un faible pour les enregistrements Verve des années 50. Vive Norman Granz!…. Les séances en solo chez Ray Heindorf, et surtout les rencontres passionnantes avec Roy Eldridge, Benny Carter, Lionel Hampton, Buddy Rich, Harry Edison, Buddy de Franco et….. ma préférée , celle avec Ben Webster le 11 septembre 1956, pour moi un des plus beaux disques de jazz et de musique tout court… Pout Tatum, en pleine force de l’âge,  majuscule, certainement le chant du cygne, en superbe compagnie, Ben étant lui aussi fantastique dans ce magnifique échange.

Tatum a t -il été un novateur, un révolutionnaire ?. Je ne le pense pas. Il n’a pas enfourché le cheval bebop, même si beaucoup de musiciens de cette école l’ont beaucoup écouté. Ses fulgurances, ses géniales incursions dans l’insolite, venaient de lui, de son immense envie d’explorer à fond la musique. Il n’était pas non plus accompagnateur, même si les rencontres enregistrées avec d’autres sont sublimes. Il jouait trop, un peu comme Hampton,  derrière les solistes… Mais ça passe très bien. Il était Art Tatum, de l’avis de beaucoup, un génie du jazz.

Cela faisait un moment que je voulais faire un petit billet sur lui.

Bonnes vacances à tous!

 

 

 

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