Maestro : importer PDF, Finale et Guitar Pro vers Dorico

Un nouvel éditeur de partitions vient de faire son apparition. Baptisé Maestro, ce logiciel gratuit pour Windows et macOS propose des fonctions particulièrement séduisantes : ouverture directe des fichiers Finale et Guitar Pro, importation de partitions PDF multipages, reconnaissance des partitions numérisées et exportation au format MusicXML. De quoi faciliter considérablement la récupération et la réutilisation de partitions existantes.

Depuis l’arrêt de Finale par MakeMusic en 2024, le monde de la notation musicale connaît quelques bouleversements. Les utilisateurs de ce logiciel historique doivent désormais envisager d’autres solutions pour conserver, modifier et exploiter leurs nombreuses partitions.

C’est dans ce contexte qu’arrive Maestro, un nouvel éditeur de partitions conçu par des musiciens également programmeurs, qui ont longtemps travaillé avec Finale.

Mais Maestro ne se contente pas de reprendre certaines habitudes de son illustre prédécesseur. Il propose plusieurs fonctions d’importation qui pourraient bien intéresser tous ceux qui possèdent une bibliothèque de partitions numériques, notamment au format PDF.

Un éditeur de partitions inspiré de Finale

L’interface de Maestro a été pensée pour ne pas dépayser les utilisateurs de Finale.

On y retrouve notamment les modes de saisie Simple Entry et Speedy Entry, une palette d’outils et différentes vues de la partition, ainsi que de nombreuses possibilités de mise en page et de gravure musicale.

Le logiciel permet de composer, arranger et éditer des partitions pour différentes formations, du simple instrument soliste au grand orchestre.

Parmi les fonctions proposées, on trouve :

  • La saisie musicale au clavier de l’ordinateur ou avec un clavier MIDI.
  • L’édition des conducteurs et l’extraction des parties instrumentales.
  • La gestion des nuances, articulations, paroles, accords et reprises.
  • La création de tablatures pour guitare et basse.
  • L’écoute des partitions avec des banques de sons et un mixeur.
  • L’exportation en PDF, MusicXML, MIDI et fichiers audio.
  • Des outils d’analyse harmonique et d’aide à l’arrangement.

Des modèles sont également proposés pour les formations de jazz, notamment les combos et les big bands.

Autre particularité appréciable : Maestro est actuellement gratuit, sans abonnement, limitation fonctionnelle ni obligation de créer un compte.

Ouvrir directement les anciennes partitions Finale

C’est l’un des arguments majeurs de Maestro.

Le logiciel peut ouvrir directement les fichiers .mus et .musx créés avec Finale, sans passer préalablement par une conversion MusicXML.

Il n’est même pas nécessaire de posséder Finale sur l’ordinateur.

Cette compatibilité concerne aussi bien les anciennes partitions au format .mus que les documents plus récents enregistrés en .musx.

Maestro récupère de nombreux éléments de la partition originale : instruments, portées, notes, rythmes, armures, articulations, nuances, liaisons, paroles, chiffrages d’accords et indications de reprise.

Les polices musicales historiques de Finale sont également intégrées, notamment Maestro, Jazz et Broadway. Voilà qui devrait faciliter la récupération des partitions utilisant ces caractères.

Maestro peut également exporter une partition au format Finale .musx, ce qui permet de conserver une certaine circulation des documents entre les deux logiciels.

Bien entendu, il restera nécessaire de vérifier les documents les plus complexes, particulièrement ceux comportant une mise en page très personnalisée.

Guitar Pro : les tablatures deviennent également accessibles

Maestro ne s’adresse pas uniquement aux utilisateurs de Finale.

Depuis une mise à jour du 14 octobre 2026, il sait également ouvrir les fichiers Guitar Pro, dans plusieurs générations de formats :

  • .gp3, .gp4 et .gp5 pour les anciennes versions.
  • .gpx pour Guitar Pro 6.
  • .gp pour Guitar Pro 7 et 8.

Les pistes sont converties en instruments avec notation traditionnelle et tablature.

Le logiciel récupère notamment les informations d’accordage, les indications de capodastre et différents effets de jeu caractéristiques de la guitare : bends, slides, hammer-on, pull-off, harmoniques, palm mute et vibrato.

Cette possibilité ne concerne d’ailleurs pas seulement les guitaristes. Les fichiers Guitar Pro peuvent également comporter des parties de basse, de batterie ou de clavier.

Une fois la partition ouverte, il devient possible de l’éditer dans Maestro, puis de l’exporter en MusicXML pour poursuivre le travail dans un autre logiciel.

Pour les musiciens possédant de nombreuses tablatures créées avec Guitar Pro, cette passerelle mérite certainement le détour.

L’importation des PDF multipages : la fonction la plus intéressante ?

C’est probablement la fonction qui a le plus retenu mon attention.

Combien de musiciens, enseignants ou éditeurs possèdent des centaines de partitions au format PDF, sans disposer des fichiers qui ont servi à les créer ?

Jusqu’à présent, récupérer ces documents pour modifier quelques notes, changer une tonalité ou réaliser un nouvel arrangement pouvait se révéler particulièrement fastidieux.

Maestro propose une solution : ouvrir un PDF musical et en reconstruire une partition éditable.

Et surtout, cette opération n’est pas limitée à une seule page. Elle peut concerner une partition complète comportant plusieurs pages.

Premier cas : les PDF exportés depuis un logiciel de notation

Lorsqu’un PDF a été produit directement depuis Finale, Dorico, Sibelius, MuseScore, LilyPond ou un autre éditeur de partitions, Maestro peut tenter d’en lire les éléments musicaux.

L’opération est simple :

  1. Ouvrir Maestro.
  2. Choisir Fichier → Ouvrir.
  3. Sélectionner le document PDF, même s’il comporte plusieurs pages.
  4. Laisser le logiciel reconstruire la partition.

Contrairement à une reconnaissance classique de caractères sur une image, Maestro analyse directement les informations graphiques et les polices musicales présentes dans certains PDF.

Il peut ainsi retrouver les notes, les durées, les silences, les altérations, les clés, les armures, les indications de mesure et de nombreux éléments complémentaires.

Les paroles, les accords chiffrés, les nuances, les articulations, les reprises et certaines indications de structure peuvent également être récupérés.

L’intérêt est considérable : un document qui ne servait auparavant qu’à l’impression peut redevenir une véritable partition musicale modifiable.

Il ne faut toutefois pas en déduire que tous les PDF seront reconnus parfaitement. Leur structure interne, le logiciel qui les a produits et la complexité de l’écriture influencent le résultat.

Deuxième cas : les PDF scannés ou les photographies de partitions

Le problème est différent lorsqu’une partition a été numérisée avec un scanner ou photographiée.

Dans ce cas, les notes ne sont plus des objets musicaux identifiables, mais simplement des éléments d’une image.

Maestro utilise alors Audiveris, un logiciel libre de reconnaissance optique musicale, également appelée OMR (Optical Music Recognition).

La procédure passe par la commande Fichier → Importer une partition numérisée.

Lors de la première utilisation, Maestro peut proposer de télécharger et d’installer Audiveris.

Il devient alors possible d’importer un PDF multipage ou plusieurs images de pages, dans leur ordre, pour les réunir en une seule partition.

Maestro prévoit quelques traitements préalables : redressement des pages inclinées, correction de leur orientation et atténuation des irrégularités de fond.

Une fois la reconnaissance effectuée, le logiciel peut afficher la partition originale à côté de sa version éditable.

Une fonction particulièrement pratique permet de retrouver la mesure correspondante entre le document d’origine et la partition reconstruite. Les corrections s’en trouvent facilitées.

Naturellement, la qualité du résultat dépend de celle des documents. Une partition imprimée proprement et numérisée à 300 dpi donnera généralement de meilleurs résultats qu’une photocopie ancienne, déformée ou partiellement effacée.

Les écritures manuscrites, certaines polices de jazz et les tablatures peuvent également poser problème.

L’importation des partitions scannées avec Audiveris nécessite une version de Maestro capable d’exécuter ce logiciel externe. Cette fonction n’est notamment pas disponible dans la version distribuée sur le Mac App Store.

Un essai concret avec une partition pour harpe

Pour illustrer les possibilités de Maestro, j’ai réalisé un essai avec Ode to the Harp, une partition pour harpe de Sergiu Natra datant de 2017.

La capture d’écran ci-dessous permet de comparer le PDF original, affiché à droite, et sa conversion en partition éditable dans Maestro, à gauche.

Comparaison de la partition Ode to the Harp importée dans Maestro et du PDF original, avant exportation au format MusicXML.

À gauche, la partition « Ode to the Harp » de Sergiu Natra, importée depuis un PDF dans Maestro. À droite, le document PDF original. La conversion permet de récupérer les éléments musicaux pour les modifier et les exporter en MusicXML, mais nécessite une vérification attentive.

Le résultat est encourageant : Maestro a reconnu une grande partie de l’écriture musicale, malgré la présence de deux portées, de nombreux changements de clés, de rythmes complexes et de diverses indications d’interprétation.

En revanche, la comparaison révèle également certaines limites. La disposition des mesures diffère sensiblement du document original, et plusieurs éléments nécessitent une vérification ou des corrections.

Cet exemple illustre parfaitement l’intérêt de Maestro : récupérer une partition à partir d’un PDF pour pouvoir ensuite la corriger et l’exporter en MusicXML, notamment vers Dorico.

Il ne s’agit pas de reproduire automatiquement une gravure parfaite, mais de disposer d’une base de travail qui peut éviter une ressaisie complète.

Du PDF au MusicXML : une nouvelle vie pour les partitions dans Dorico

Voilà certainement le scénario qui intéressera le plus les utilisateurs d’autres logiciels de gravure musicale.

Imaginons que l’on possède une partition de plusieurs pages, uniquement disponible au format PDF.

On souhaite la modifier dans Dorico, par exemple pour transposer une partie instrumentale, corriger quelques erreurs, extraire des parties séparées ou préparer une nouvelle édition.

Avec Maestro, le principe devient relativement simple :

PDF multipage → Maestro → MusicXML → Dorico

La première étape consiste à ouvrir le PDF dans Maestro, directement ou par reconnaissance optique selon sa nature.

Après avoir vérifié la partition reconstruite et corrigé les erreurs éventuelles, il suffit de choisir Fichier → Exporter en MusicXML.

Le fichier obtenu peut ensuite être ouvert dans Dorico, mais aussi dans MuseScore, Sibelius ou tout autre logiciel compatible avec MusicXML.

On dispose alors d’une partition dont les notes et les autres éléments reconnus peuvent être modifiés.

Le format MusicXML permet de transmettre une grande partie des informations musicales et certaines données de présentation. En revanche, il ne garantit pas la reproduction exacte de la mise en page du document original.

Il faudra donc généralement reprendre quelques détails de gravure, notamment les espacements, les sauts de système, les collisions ou la présentation des parties séparées.

Il reste que cette méthode peut représenter un gain de temps considérable par rapport à une ressaisie intégrale.

Un exemple concret pour les arrangeurs

Prenons le cas d’une ancienne partition de big band dont on ne possède plus que le conducteur PDF.

Si Maestro réussit à reconstruire correctement les différentes portées, le conducteur peut être exporté en MusicXML, puis importé dans Dorico.

L’arrangeur pourra alors retravailler l’orchestration, modifier les harmonies, ajouter des instruments ou préparer de nouvelles parties séparées.

Le même principe peut s’appliquer à une partition pédagogique, une pièce pour piano ou une œuvre de musique de chambre.

Il faut évidemment vérifier soigneusement les notes, les rythmes, les altérations, les instruments transpositeurs et les indications d’interprétation avant d’utiliser le résultat.

Et la possibilité technique de convertir une partition ne dispense naturellement pas de respecter les droits d’auteur et les autorisations nécessaires à son adaptation ou à sa diffusion.

Convertir plusieurs fichiers en MusicXML

Autre possibilité intéressante, Maestro propose une fonction de conversion par lots.

La commande Fichier → Exporter → Convertir en MusicXML permet de traiter plusieurs fichiers, voire des dossiers entiers.

Cette fonction peut rendre service aux musiciens qui souhaitent transférer progressivement leurs archives Finale ou Guitar Pro vers un autre environnement de notation.

Au lieu d’ouvrir et d’exporter chaque partition individuellement, il devient possible d’automatiser une partie du travail.

Là encore, la conversion ne remplace pas le contrôle musical et graphique des documents obtenus.

Maestro peut-il remplacer Finale, Dorico ou MuseScore ?

La question mérite d’être posée, mais il serait probablement prématuré d’y répondre définitivement.

Maestro est encore en version bêta et son développement évolue à un rythme particulièrement rapide.

Ses possibilités de notation, de mise en page, d’impression et d’exportation sont déjà nombreuses.

Pour autant, remplacer un logiciel de gravure musicale professionnel suppose davantage que la présence d’une longue liste de fonctionnalités.

La stabilité sur les partitions volumineuses, la précision de la gravure, la gestion des parties instrumentales et la fiabilité des échanges entre logiciels sont des critères essentiels.

Il faudra également juger Maestro sur des documents complexes, avec plusieurs voix, des instruments transpositeurs, des tablatures ou des mises en page exigeantes.

En attendant, rien n’oblige à considérer Maestro comme un remplaçant.

Il peut déjà constituer un outil complémentaire particulièrement utile pour récupérer, convertir et exploiter des partitions créées dans d’autres logiciels.

Mon impression : un véritable outil de récupération des partitions

Ce qui me semble le plus intéressant dans Maestro n’est finalement pas sa volonté de reprendre certaines habitudes de Finale.

C’est plutôt sa capacité à créer des passerelles entre des formats qui, jusqu’à présent, ne communiquaient pas toujours facilement.

L’importation directe des anciens fichiers Finale constitue déjà un argument sérieux. La prise en charge des fichiers Guitar Pro élargit encore son intérêt.

Mais c’est surtout l’importation des PDF multipages, suivie d’une exportation MusicXML, qui mérite à mon avis toute notre attention.

Dans le domaine de l’édition musicale, nous sommes régulièrement confrontés à des partitions dont les fichiers sources ont disparu. Il ne reste parfois qu’un PDF, voire une numérisation papier.

Pouvoir récupérer les informations musicales de ces documents, les corriger, puis les ouvrir dans Dorico ou un autre logiciel de gravure représente une perspective particulièrement séduisante.

Bien sûr, aucune reconnaissance automatique ne dispense d’une relecture attentive. Une note mal interprétée, une altération oubliée ou une voix incorrectement reconstruite peuvent rendre une partition inutilisable.

Mais si Maestro tient ses promesses sur des partitions suffisamment complexes, il pourrait rapidement trouver sa place dans la boîte à outils des musiciens et des éditeurs.

Et puisqu’il est gratuit, il serait dommage de ne pas lui consacrer quelques essais !

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