Avenir de Dorico : maturité, IA et vision technologique

Dorico avance sans tapage. Pas de révolution annoncée, mais une stratégie claire. Consolidation, intelligence artificielle utilitaire, intégration profonde avec Cubase. Dix ans après sa naissance, le logiciel de notation de Steinberg parie sur la maturité plutôt que sur l’effet waouh. Une évolution lente, réfléchie, et peut-être plus ambitieuse qu’il n’y paraît.

Interface de Dorico affichant une partition orchestrale avec le Proofreading Panel ouvert

Dorico : un avenir placé sous le signe de la maturité et de la vision

Dix ans après sa sortie commerciale, Dorico n’est plus un jeune outsider.
L’entretien accordé à Scoring Note par John Barron lors du NAMM 2026 confirme une chose essentielle. Dorico est entré dans une phase de maturité assumée.
Moins de promesses spectaculaires. Plus de cohérence. Et surtout une vision technologique très claire.

Contrairement à d’autres logiciels de notation qui empilent les fonctions, Dorico avance par consolidation. Chaque brique ajoutée doit s’intégrer dans une architecture pensée sur le long terme. C’est cette logique qui guide aujourd’hui son évolution.

Une phase de consolidation après Dorico 6

Depuis la sortie de Dorico 6 au printemps 2025, l’équipe de développement a changé de cadence.
L’objectif n’est plus d’impressionner par la nouveauté permanente, mais d’atteindre un niveau de finition irréprochable.

À court terme, des mises à jour intermédiaires sont prévues. Elles visent à améliorer l’existant, corriger des points précis et affiner les outils déjà en place.
À moyen terme, le discours devient volontairement plus discret. Cette réserve n’est pas un vide. Elle correspond à une phase de travail en profondeur, sur des chantiers structurels qui ne peuvent pas être livrés sous forme de simples ajouts cosmétiques.

Cette approche tranche avec la logique marketing habituelle. Elle privilégie la fiabilité et la pérennité du logiciel.

Des outils pensés pour le temps réel et les contraintes professionnelles

Dorico cible clairement les environnements où le temps est une contrainte absolue. La musique à l’image en est l’exemple le plus parlant.

Le Proofreading Panel illustre parfaitement cette philosophie.
Il ne s’agit pas d’un gadget. Cet outil analyse la partition et signale automatiquement des problèmes qui, autrement, seraient découverts trop tard. Nuances manquantes, tessitures incohérentes, oublis de gravure. Tout ce qui coûte cher lors d’une répétition devient détectable en amont.

La Jump Bar, souvent sous-estimée, va dans le même sens.
Elle permet d’accéder à quasiment toutes les commandes par le clavier, sans mémoriser des dizaines de raccourcis. Le logiciel s’adapte à l’utilisateur, et non l’inverse. La charge cognitive diminue. Le flux de travail gagne en fluidité.

Autre évolution majeure, l’intégration du moteur de notation de Dorico dans Cubase.
Cette convergence change profondément la relation entre notation et production audio. La partition n’est plus une étape séparée. Elle devient un élément central du processus de création.

La vision technologique de Dorico

La partie la plus intéressante de l’entretien concerne sans doute la vision à long terme. Elle permet de comprendre pourquoi Dorico évolue à son rythme.

Une architecture pensée dès l’origine

Dorico repose sur une ossature logicielle conçue pour durer.
Certaines fonctions, comme le condensing ou les cutaways, n’ont pas été bricolées a posteriori. Leur logique était présente dans le code dès les premières années de développement.

La séparation en modes distincts n’est pas qu’un choix ergonomique. C’est une stratégie de gestion de la complexité.
Elle permet d’intégrer des fonctions avancées sans fragiliser l’ensemble. Là où d’autres solutions empilent des extensions ou des scripts, Dorico privilégie des implémentations natives, plus stables et plus prévisibles.

L’intelligence artificielle comme outil, pas comme auteur

Sur le sujet de l’IA, la position est très claire.
Dorico ne cherche pas à générer de la musique à la place du compositeur. L’IA est envisagée comme un assistant technique.

Deux axes se dessinent.
D’abord, l’automatisation des tâches répétitives. Renommage de pistes, routage complexe, configuration de bibliothèques. Tout ce qui fait perdre du temps sans valeur musicale directe.
Ensuite, l’exploration du langage naturel. L’idée n’est pas de masquer la complexité, mais de permettre au logiciel de traduire une intention claire en actions concrètes.

Un point important est souvent oublié. L’équipe insiste sur le contrôle de l’intégrité.
Contrairement aux modèles généralistes capables d’inventer des fonctions inexistantes, Dorico vise une IA consciente de l’état réel du logiciel. Pas d’hallucinations. Pas de commandes fantômes.

Réalisme sonore et interopérabilité

Le rendu sonore évolue lui aussi.
Plutôt que d’alourdir le système avec des bibliothèques gigantesques, Dorico s’intéresse à des technologies de modélisation, comme Synthesizer V pour les voix chantées.

L’objectif reste le même. Offrir plus d’expressivité sans complexifier le travail de l’utilisateur.
Dans cette optique, l’IA pourrait jouer un rôle clé pour rendre exploitables des bibliothèques tierces complexes, sans passer par des configurations manuelles interminables.

Dorico au cœur de l’écosystème Steinberg et Yamaha

Dorico n’est plus un logiciel isolé.
Il s’inscrit désormais dans un écosystème global porté par Steinberg et Yamaha.

L’intégration dans Cubase, l’évolution du matériel et la cohérence entre notation et production dessinent un changement de paradigme.
La partition redevient un objet central, même dans les environnements orientés MIDI et audio.

Une évolution lente, mais assumée

Le message final est limpide.
Dorico ne court pas après l’effet d’annonce. Il avance avec méthode. Cette lenteur apparente est le prix d’une architecture solide et d’outils réellement utilisables en situation professionnelle.

Le slogan « More time for music » Plus de temps pour la musique n’est pas un argument marketing.
C’est une ligne directrice technique. Réduire les frictions. Éliminer les erreurs. Redonner du temps à la musique, pas à la manipulation du logiciel.

 

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