Finale 27 vers Dorico 6.1.10 : migrer mes partitions
Importer mes vieilles partitions Finale dans Dorico : retour d’expérience sur mes archives
Il y a un moment où les dossiers “Vieux scores” deviennent un musée personnel. On y retrouve des arrangements écrits vite, des commandes, des versions 1, 2, 2bis-final, et des partitions qu’on n’a pas rouvertes depuis des années. Pendant longtemps, Finale a été l’outil fiable. Puis le contexte a changé. Du coup, migrer ses archives vers Dorico n’est plus un caprice de geek de la gravure. C’est de la gestion de patrimoine musical.
Dans cet article, je raconte mon chantier de migration, depuis Finale 27 vers Dorico 6.1.10. Je parle aussi de l’arrêt de Finale par MakeMusic, parce que c’est souvent le vrai déclic. Enfin, je détaille le temps que ça prend vraiment, car c’est la question qui revient toujours.

Pourquoi migrer maintenant : la fin de Finale chez MakeMusic
Le point de départ est simple. MakeMusic a annoncé, le 26 août 2024, la fin du développement et des ventes de Finale (ainsi que PrintMusic et NotePad). Il n’y aura plus de mises à jour. Finale peut continuer à fonctionner sur les machines actuelles, mais il n’est plus suivi face aux évolutions de macOS et Windows. Finale+MakeMusic
Ensuite, il y a un second étage, plus “administratif” mais très concret. MakeMusic a maintenu le support technique pendant un an après l’annonce. La dernière journée de support était le 25 août 2025, et depuis le 26 août 2025, plus de nouveaux tickets ne sont acceptés.
Enfin, MakeMusic a aussi prévenu qu’à partir d’août 2025, certaines actions deviennent impossibles, notamment autoriser Finale sur de nouveaux appareils (et réautoriser). Donc même si Finale tourne encore, le scénario “nouveau PC” devient beaucoup moins confortable. Finale+1
Résultat, mes archives Finale sont devenues un stock à sécuriser, pas un stock à admirer.
Les versions utilisées : Finale 27 et Dorico 6.1.10
Pour être clair sur le terrain de jeu, je pars de Finale 27. J’arrive dans Dorico 6.1.10. Dorico 6.1.10 est une mise à jour de maintenance recommandée pour Dorico 6, annoncée en octobre 2025.
Préciser les versions n’est pas un détail. Les imports, les corrections, et la stabilité peuvent varier selon les builds.
Le principe : MusicXML, indispensable, mais pas magique
Le pont le plus pratique reste MusicXML. C’est aussi la voie que MakeMusic a mise en avant au moment de la transition.
Là, il faut poser une vérité simple. MusicXML transporte très bien la musique. Notes, rythmes, mesures, instruments, armures, tout arrive souvent correctement. En revanche, tout ce qui était “dessiné” dans Finale, donc purement graphique, voyage mal. C’est normal. Dorico reconstruit une gravure selon ses règles, il ne cherche pas à recopier la mise en page Finale au millimètre.
C’est exactement pour ça qu’un import n’est pas la fin du travail. C’est le début du nettoyage.
La règle d’or avant d’importer : garder une référence visuelle
Avant toute export, je génère un PDF depuis Finale. Toujours. C’est mon témoin officiel. Ensuite, je travaille avec une méthode de rangement très simple. Un dossier par pièce. Je garde l’original Finale, le PDF de référence, le MusicXML, puis le fichier Dorico.
Ce réflexe évite les illusions. Il évite aussi les “je crois que c’était comme ça”. En gravure, “je crois” est un piège.
Ce qui marche le mieux à l’import
Dans mes archives, les meilleurs candidats sont souvent :
les partitions simples,
les lead sheets,
les petites formations,
les fichiers saisis proprement, sans bidouilles à la souris.
Dans ces cas-là, Dorico récupère la structure musicale rapidement. Je passe ensuite sur la cohérence des styles, et sur la mise en page.
Ce qui casse le plus souvent, et comment je m’en sors
Reprises, fins, DS al Coda, codas
C’est le classique. Finale permet une liberté graphique énorme. Dorico préfère une logique musicale claire. Du coup, je compare au PDF, puis je refais les reprises avec les outils Dorico quand l’import hésite.
J’ai une règle : je reconstruis plutôt que de bricoler. Sur ce point, c’est souvent plus rapide, et surtout plus propre.
Texte, expressions, techniques de jeu
Les textes importés peuvent arriver avec des styles incohérents. Donc je normalise. Je remappe les textes vers des styles Dorico cohérents. Je vérifie les tailles. Je vérifie les placements essentiels sur les parties.
C’est une étape très rentable. En dix minutes, une page peut passer de “import brut” à “gravure cohérente”.
Accords et grilles
Selon la manière dont le fichier Finale a été fait, les accords peuvent bien arriver, ou arriver de travers. Je corrige d’abord la sémantique, donc le bon accord. Ensuite seulement je règle la typographie et les alignements.
Dans un contexte jazz, c’est crucial. Une grille lisible vaut plus que dix raffinements inutiles.
Percussions
Les percussions sont souvent le domaine le plus “sportif”. Mapping, noms, têtes, sons, tout peut se décaler. Ma stratégie est simple. Je garde le rythme importé, puis je reconstruis le mapping et les réglages percussion dans Dorico. Ensuite, je remets en forme.
Ça évite de perdre une heure à corriger des symptômes.
Le vrai sujet : le temps nécessaire pour migrer une archive
La question du temps est centrale, surtout pour un éditeur. Une migration n’est rentable que si elle réduit le coût des rééditions futures. Donc je raisonne en “retour sur investissement”.
Déjà, il y a un temps fixe au départ. Il faut préparer un gabarit Dorico “migration”. Tailles de portées, polices, styles de texte, options de mise en page, règles de collisions. Ce démarrage peut prendre une demi-journée si on veut une base sérieuse. Ensuite, tout va plus vite.
Puis il y a le temps par fichier. Et là, tout dépend du niveau de bricolage historique.
Voici des ordres de grandeur réalistes, basés sur mon expérience d’archives hétérogènes :
lead sheet simple, souvent 10 à 30 minutes pour un résultat propre,
petite formation, plutôt 30 à 90 minutes,
arrangement dense avec beaucoup de textes et reprises, 2 à 4 heures,
gros conducteur, percussions, montage complexe, 4 heures et plus.
Le facteur qui fait exploser le temps n’est pas Dorico. C’est la “gravure à la main” héritée de Finale. Objets déplacés un par un, faux sauts de système, reprises montées graphiquement, textes non typés. Tout ça se paie à l’import.
Du coup, ma méthode numéro 1 est le tri. Je classe rapidement chaque fichier en trois piles : import facile, à reprendre, à reconstruire. Ce tri évite de passer deux heures à sauver un truc que Dorico refait proprement en dix minutes.
Pourquoi migrer de Finale à Dorico, au-delà de l’arrêt de Finale
L’arrêt de Finale donne l’urgence. Dorico donne l’intérêt.
D’abord, Dorico sépare mieux le musical du graphique. Du coup, une correction de note n’explose pas toute la mise en page. Ensuite, les layouts et les parties sont plus stables, surtout quand on a plusieurs sorties à produire. Enfin, la logique de styles et de gabarits facilite la standardisation d’un catalogue. Pour un éditeur, c’est un point énorme. Une bibliothèque cohérente, c’est moins d’heures perdues à chaque réédition.
C’est aussi pour ça que la migration est un “ménage de printemps” utile. On supprime les doublons, on renomme, on restructure. On transforme un disque dur en vraie archive.
Checklist rapide après import, pour éviter les oublis
Je finis toujours par une relecture structurée, en comparant avec le PDF Finale.
Structure globale, reprises, fins, coda, DS,
paroles si présentes,
accords et chiffrages,
techniques de jeu, nuances, tempos,
multi-silences et changements de mesure,
lecture des parties séparées, pas seulement le conducteur,
normalisation des styles de texte,
mise en page finale en dernier.
Ce dernier point est important. La mise en page trop tôt est une fausse bonne idée. Je stabilise d’abord le contenu musical.
Conclusion : migrer, c’est investir pour ne plus payer à chaque retouche
Migrer de Finale 27 vers Dorico 6.1.10 n’est pas un bouton “convertir”. C’est une opération de sécurisation, et une stratégie de réduction de coût sur le long terme. L’arrêt de Finale chez MakeMusic rend la démarche plus urgente. Finale+makemusic.zendesk.com
Le gain n’est pas seulement de sauver des fichiers. Le gain, c’est d’avoir des partitions rééditables, propres, cohérentes, et moins fragiles quand une “petite modif” arrive au mauvais moment.





