Sonny Rollins, le dernier souffle du colosse
Le jazz vient de perdre l’un de ses derniers géants. Sonny Rollins disparaît à 95 ans, au moment même où l’on célébrait les 100 ans de Miles Davis. Une coïncidence presque irréelle.

Sonny Rollins s’efface, le jazz retient son souffle
Il y a des disparitions qui ressemblent moins à une fin qu’à un silence soudain dans l’orchestre. Sonny Rollins vient de nous quitter à 95 ans. Le “Saxophone Colossus” s’est éteint, et avec lui disparaît l’un des derniers géants debout de cette génération qui a façonné le jazz moderne.
Rollins, c’était un son. Un vrai. Large, puissant, habité, reconnaissable dès les premières notes. Mais c’était aussi une manière de penser l’improvisation comme une aventure. Chez lui, un chorus ne se contentait pas de remplir une grille. Il avançait, bifurquait, souriait, questionnait, puis retombait toujours sur ses pieds avec une évidence désarmante.
On pense bien sûr à Saxophone Colossus, à Way Out West, à The Bridge. On pense aussi à cette image devenue presque légendaire du musicien travaillant son saxophone sur le Williamsburg Bridge, loin du bruit médiatique, comme s’il fallait s’éloigner du monde pour mieux y revenir. Reuters rappelle d’ailleurs cette retraite de plus de deux ans sur le pont, avant l’album The Bridge, devenu l’un des grands jalons de son parcours.
Et puis il y a cette coïncidence presque trop belle pour être vraie. Sonny Rollins disparaît au moment où l’on célèbre les 100 ans de Miles Davis, né le 26 mai 1926. Deux trajectoires immenses. Deux façons différentes de réinventer le jazz. Deux noms qui disent, chacun à leur manière, que cette musique n’a jamais été une simple affaire de notes.
Sonny Rollins ne jouait pas seulement du saxophone ténor. Il faisait parler un souffle. Un souffle humain, libre, parfois rugueux, souvent solaire. Un souffle qui continuera longtemps à traverser les disques, les musiciens, et tous ceux qui aiment encore cette idée folle : improviser, c’est rester vivant.





