La rage de vivre

Et si on parlait bouquin?.

Je viens de relire près de 50 ans plus tard “La rage de vivre” (“really the blues”), un super livre écrit principalement par le clarinettiste Mezz Mezzrow,  adapté très habilement par Bernard Wolfe et magnifiquement traduit de l’américain par Marcel Duhamel et Madeleine Gautier.

Ce livre,  édité aux Etats Unis en 1946 et publié en France en 1950 (je l’ai en “livre de poche” 1351) a connu un immense succès dans le monde entier et l’écrivain Henry Miller, qui l’a préfacé, en a été un des premiers séduits: “je voudrais que des millions d’hommes lisent ce livre et reçoivent le message qu’il porte”.Le récit, qui fourmille de détails et d’anecdotes souvent bigarrées,  nous plonge dans le monde captivant , mais parfois sordide de Chicago et de New-York dans les années 1920 et 1930. Avec un jazz qui se cherche en toile de fond. J’ai vraiment pris un grand plaisir à le relire.

Mess avec les intervenants de ses enregistrements célèbres de 1937

Le personnage principal, véritable auteur de l’œuvre,  c’est Mezz Mezzrow,  né en 1899 à Chicago. Les amateurs de jazz connaissent Mezz et on a beaucoup glosé sur ses aptitudes de clarinettiste. Boris Vian,  dans ses “Chroniques de jazz” persiffle en 1948 en page 119: “Mezz n’a que 50 ans et on peut s’améliorer à tout Age. Il a toutefois tendance à laisser sa clarinette jouer toute seule de temps en temps et utilise un peu trop souvent quelques clichés, sympathiques d’ailleurs, mais vite lassants”. Il est vrai que ce n’était  pas un virtuose,  encore moins une poiture. Mais, à force de fréquenter les meilleurs musiciens de l’époque, il a su s’imprégner de l’esprit jazz et peut se trouver convainquant sur le blues.

Les français ont pu écouter Mezzrow dans les années 50 lors de plusieurs séjours à Paris, où il a joué dans les clubs en compagnie de Claude Luter, de Maxim Saury,  mais aussi de Sydney Bechet qu’il vénérait.

Une de ses plus célèbres réussites musicales a été enregistrée en 1938 par Hugues Panassié qui avait estime et amitié pour Mezz.

Mon édition enfouie depuis 50 ans dans ma biblithèque

En tous les cas, Mezz a bien vécu tous les évènements qu’il décrit avec un humour décapant. La traduction en français est “aux petits oignons”. Quand on aime comme moi et beaucoup d’entre vous, Albert Simonin, Frederic Dard Auguste Le Breton, ou Michel Audiard  grands maitres des expressions “parigotes”, on ne peut que se régaler. Nos traducteurs ont fait des merveilles.

Dans ce copieux ouvrage de 500 pages, le lecteur plonge  dans les endroits glauques de l’Amérique du début du XXème siècle avec son lot de paumés et, de drogués surtout. Mezz a vite été affranchi à la dope et on peut dire qu’il a goûté à tout. Il se décrit comme le vendeur newyorkais numberone de Marijuana. Cette substance était à l’époque autorisée à la vente. On faisait appel à Mezz pour lui acheter des reefers plus que que pour lui proposer des contrats de musicien!…Au plan musical, sa vie a d’ailleurs été  pour lui un immense échec. Il a été conscient de son insuffisance instrumentale, et en en a souffert véritablement. Il s’en explique dans plusieurs passages de son livre.

Mezz Mezzrow en bonne compagnie

S’ajoute une dimension existentielle. Ce juif américain se décrit comme  victime d’exclusion permanente. Il ne s’est trouvé bien qu’avec la population de couleur. Bien avant Nino Ferrer (!), il voulait être noir. Il voulait “franchir la ligne”…Comme il était toujours avec ses amis noirs, on l’a cru véritablement colored ,  et la mention figure même sur des rapports de police.

Il faut dire que,  vendeur de drogue, il s’est souvent fait alpaguer et a connu de sinistres périodes en prison. Mais,  même en milieu carcéral, il trouvait ses véritables potes chez les gens de couleur. Il arrivait à dégotter des instruments, certainement rudimentaires, à écrire des bribes d’arrangement et,  avec lui,  la musique, très inspirée de celle de Louis Armstrong et de la Nouvelle Orléans,  prenait place dans chaque geôle, et dans chaque Boui-boui.

Dans “la rage de vivre”, la vie du jazz naissant nous est contée avec force détails. On y rencontre les “Chicagoans”, Bix Beiderbecke, Jelly Roll Morton, Freddy Keppard,  Fats Waller, Clarence Williams, Johnny Dodds, Tommy Ladnier, Minor Hall, Jimmy Noone, Bessie Smith,  Sydney Bechet, Louis Armstrong, Ben Pollack, Eddie Condon, Zutty Singleton, Earl Hines, James P. Johnson, Benny Carter et tant d’autres….

Un livre à vous recommander. Vous le trouverez facilement chez vos distributeurs habituels. C’est devenu un best seller. Bonne lecture.

 

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