Le jazz en robe de soie

J’avoue avoir du mal à sortir du confinement complet. Je vous avais un peu abandonnés. J’aime de plus en plus mon chez moi où les masques et les distanciations sont proscrites. Où les embrassades et autres câlineries sont  permises, voire recommandées pour la santé. Bon, mais je ne suis pas là pour vous parler de ce satané virus qui va encore nous tenir compagnie pendant longtemps.

Dans ma recherche la plus opiniâtre des univers musicaux dans les médias, j’ai regardé et écouté “les stars chantent le jazz” sur FR3. Je me suis aperçu en vous lisant à tous sur les forums,  que beaucoup d’internautes ont détesté ce spectacle, allant jusqu’à écrire que les musiciens de jazz avaient été exclus de cette grande messe dite par Alain Manoukian.

China Moses

Difficile de trouver sa voie dans le dédale interminable du débat “est ce du jazz?”. On y passe toute notre vie pour peu qu’on se sente des ailes de débatteur. On ne tombe pas souvent d’accord entre nous. Mais quand même!…J’ai pour ma part toujours fait la différence entre “être jazzman”, et “jouer jazzy”.

Sans tirer à boulets rouges sur nos programmateurs et décideurs de nos chaines de télé qui ont abandonné depuis plusieurs années cette musique, il faut un peu se mettre à leur place. Oh, pas longtemps!. Les pontes au cigare au bec et aux pieds sur le bureau doivent bassiner leurs subalternes pour qu’ils flattent et surtout augmentent l’audience. Il ne faut surtout pas, disent -ils,  effrayer nos chers français qui se sentent si souvent incompris et dérangés dans leur quiétude. Il faut leur donner quelque chose qui passe  et qui se digère bien. Donc, exit des programmes les expériences sonores ou les aventuriers sortant des sentiers battus. Il faut édulcorer, aciduler, doudouiller cette “musique de sauvages”. Ou alors plus grave, lui donner un visage faussé. On peut aimer la grande variété mondiale, c’est mon cas. Mais on aimerait des émissions de jazz. J’ose l’écrire, même si ça fait ‘vieux crouton”, de vrai jazz!

Alain Manoukian

La masse des gens que l’on peut interroger (sauf les lecteurs avertis du Jipiblog!) trouvent le jazz incompréhensible, bruyant, sans limites, fait pour les bobos. Ils n’ont pas tout à fait tort!. On a tous connu des concerts inaudibles avec des artistes qui  ne jouaient que pour eux, qui choisissaient les chemins les plus tortueux, voire, pour certains qui se moquaient du public.

Mais ce n’est pas un raison pour ignorer tous les authentiques jazzmen, pétris de talent, et amoureux de leur art qui se battent pour 80 euros lorsqu’ils peuvent décrocher un contrat (en ce moment, nous savons que c’est vraiment très dur pour eux). Comment ignorer les véritables créateurs, mais aussi ceux qui reprennent et jouent avec talent le jazz qu’on aime tous?.

La fête de la musique n’a pas apporté grand chose. Il existe un gentil foutoir dans les styles adoptés dans notre immense monde de la musique mondiale. On s’y perd un peu. Le rock, le reggae, et autres musiques du globe sont venus se coucher dans le lit douillet de l’appellation jazz qui “fait très bien” (quel beau terme: le jazz!) mais qu’on nous a souvent volée. Mais c’est un autre débat!

Au concert de Nice, les stars sont venues. Alain Manoukian dont on ne peut nier l’amour pour le jazz, en a profité pour parler à sa manière des icones du passé ‘(Armstrong, Ella, Nat King Cole, Sinatra, Ray Charles….). Oui on entendu leurs noms, mais…. On a rajouté un peu de glamour avec des airs chantés jadis par Marilyn ou Rita Hayworth. On a invité des “stars” pas si connues que ça,  pour venir rappeler au beau monde sur tables distanciées ce qu’avait été la belle aventure de notre musique. Il y avait certes China Moses, et Liz Mc Comb, mais les autres dames en robe de soie avaient oublié Monsieur Swing dans le promenoir.

J’ai beaucoup aimé Hugues Auffray durant mon adolescence…Santiano!. Mais ce bel artiste était un peu léger dans un “Mack the knife” pas très coupant!

Il y a eu de bonnes choses comme Thomas Dutronc chantant avec un super entrain sur “Plus je t’embrasse” (chanson Covid), Ibrahim Maalouf, qui est fort brillant à la trompette,  mais qui a joué sur des thèmes et rythmes si loin du groove. Noe Reinhardt, un des multiples descendants de Django, c’était pas mal non plus, comme Mister Mat sur “Georgia”. Dans le rayon des satisfactions,  l’orchestre sur scène avec les frères Fanfant (la Guadeloupe!). Ces artistes brillants ont eu des petits espaces de temps en temps sans être cités!.

Bref, la grand fête du jazz, très classe, “jazzy” à souhait, avait remisé le côté canaille de ses entrailles pour des paillettes. Pourquoi pas? Mais je comprends la colère de beaucoup. Il manquait l’essentiel! A vous de trouver quoi…

Bonne semaine à tous!

Commentaires
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1 Comentaire

  1. Merci JP cela fait du bien de te lire et de partager quant au fond cette analyse . Je crois que la programmation de Manoukian était volontairement destinée à accrocher un maximum de public . Le festival Jazz en Comminges à Saint Gaudens connaît les mêmes débats , merci encore à bientôt

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