Fonpeps : pourquoi les petites salles de jazz sont menacées

On parle beaucoup de soutien à la culture. Beaucoup moins de ce qui disparaît quand les aides publiques changent de cap. Le Fonpeps devait protéger l’emploi artistique. Les nouvelles règles fragilisent surtout les petites salles de jazz. Et les artistes ne comptent pas se taire.

La scène d'un club de jazz sans artistes à cause de la baisse des aides du Fonpeps

Fonpeps : quand l’État lâche les petites salles de jazz

Il existe en France un acronyme que beaucoup d’artistes connaissent trop bien, souvent au moment où il cesse de fonctionner. Le Fonpeps. Derrière ce sigle un peu technocratique se cache le Fonds national pour l’emploi dans le spectacle. Un dispositif public censé soutenir l’emploi artistique, en particulier dans les structures fragiles. Sur le papier, l’idée est simple. Aider les producteurs, les diffuseurs et les salles à embaucher légalement des artistes et des techniciens. Dans la réalité, l’outil vient d’être sérieusement raboté. Et ce sont, une fois de plus, les petites salles de jazz qui trinquent.

Le Fonpeps, à quoi ça sert vraiment ?

Le Fonpeps a été créé pour amortir la précarité structurelle du spectacle vivant. Il ne finance pas la création au sens noble du terme. Il soutient l’emploi réel, déclaré, payé. Concrètement, il permet à une petite salle ou à un organisateur associatif de programmer des concerts sans mettre en péril sa trésorerie. Jazz, musiques actuelles, projets émergents, territoires peu dotés. Tout ce que le marché ne sait pas rentabiliser seul.

Ce fonds est l’un des rares leviers qui reconnaît une évidence économique. Un concert de jazz dans une salle de 80 places ne sera jamais rentable sans aide. Les charges sociales, les cachets, la technique, l’accueil du public. Tout coûte. Les recettes, elles, plafonnent vite. Sans ce type de soutien, la conclusion est mécanique. Moins de concerts, moins d’emplois, moins de diffusion.

Fonpeps : des critères revus à la baisse, et pas qu’un peu

Les récentes modifications des critères d’attribution ont provoqué une onde de choc dans le milieu. Seuils relevés, conditions durcies, plafonds modifiés. Officiellement, il s’agit de rationaliser. Dans les faits, ce sont surtout les plus petits acteurs qui se retrouvent exclus. Les salles indépendantes, les clubs de jazz, les lieux associatifs, souvent portés à bout de bras par des bénévoles, n’entrent plus dans les cases.

Le paradoxe est cruel. Plus une structure est fragile, plus elle avait besoin du Fonpeps. Et plus les critères se resserrent, plus elle devient inéligible. Le dispositif, censé soutenir l’emploi, finit par favoriser ceux qui en ont déjà les moyens. Autrement dit, les structures les plus solides économiquement. Le contraire de l’objectif affiché.

Pourquoi les artistes se mobilisent

La mobilisation actuelle n’est pas corporatiste. Elle est lucide. Les artistes savent très bien ce qui se joue. Quand une petite salle disparaît ou réduit sa programmation, ce ne sont pas seulement quelques dates en moins. C’est tout un écosystème qui se délite. Moins de scènes pour jouer. Moins d’expériences. Moins de rencontres avec le public. Moins de travail déclaré.

Le jazz est particulièrement exposé. Peu formaté pour les grandes jauges. Peu compatible avec les logiques de rentabilité immédiate. Historiquement soutenu par un réseau de clubs, de cafés-concerts, de petites scènes municipales. Ce réseau est déjà fragile. En durcissant l’accès aux aides, on accélère son érosion.

Une vision court-termiste de la culture

Ce qui frappe dans cette réforme, c’est l’absence de vision à long terme. Le spectacle vivant ne se résume pas à quelques têtes d’affiche subventionnées. Il repose sur un tissu dense de lieux modestes, mais essentiels. Ce sont eux qui permettent l’émergence. Ce sont eux qui font circuler la musique hors des métropoles. Ce sont eux qui transforment une pratique artistique en métier durable.

Affaiblir les petites salles, c’est préparer un désert culturel à moyen terme. Moins d’offres locales. Plus de concentration. Une uniformisation des programmations. Et au bout de la chaîne, une précarité accrue pour les artistes que l’on prétend pourtant soutenir.

Le jazz n’est pas un luxe

Il faut le rappeler calmement, mais fermement. Le jazz n’est pas un produit de niche décoratif. C’est une musique vivante, exigeante, populaire au sens noble. Elle a besoin de lieux à taille humaine. Elle a besoin de continuité. Elle a besoin de politiques publiques cohérentes.

Le Fonpeps, dans sa version initiale, allait dans ce sens. Le détricoter revient à envoyer un message clair. La diversité culturelle devient une variable d’ajustement budgétaire. Les artistes et les petites salles refusent cette logique. Leur mobilisation est légitime. Elle dépasse largement le cadre du jazz. Elle concerne l’avenir même du spectacle vivant en France.

 

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