Pixels espions dans les mails : faut-il accepter ?
Pixels espions dans les mails : faut-il accepter leur suivi ?
Depuis quelques jours, plusieurs services et plateformes demandent à leurs utilisateurs l’autorisation de « vérifier la bonne distribution » de leurs courriels. Derrière cette formulation plutôt rassurante se cache souvent un outil beaucoup plus indiscret : le pixel de suivi.
Un pixel invisible qui vous observe
Un pixel de suivi est une minuscule image, généralement invisible, intégrée dans un courrier électronique. Dès que le message est ouvert et que l’image est chargée, le serveur de l’expéditeur reçoit automatiquement certaines informations.
Ainsi, l’expéditeur peut savoir si le mail a été ouvert, à quelle heure, depuis quel type d’appareil et, parfois, depuis quelle zone géographique approximative. Le pixel ne donne pas accès au contenu de votre boîte mail. Cependant, il permet d’étudier vos habitudes de lecture et votre réactivité.
En outre, ces informations peuvent être rapprochées d’autres données pour déterminer vos centres d’intérêt, adapter les prochains messages ou établir un profil marketing plus précis.
« Distribué » ne signifie pas forcément « lu »
Les plateformes présentent souvent ce dispositif comme un moyen de vérifier la délivrabilité des messages. Pourtant, un pixel ne prouve pas qu’un courriel a été lu attentivement. Il indique surtout que l’image invisible a été chargée.
Par conséquent, la formule « vérifier la bonne distribution » reste assez trompeuse. Dans de nombreux cas, l’objectif consiste également à mesurer les taux d’ouverture, choisir les meilleurs horaires d’envoi et améliorer l’efficacité commerciale des campagnes. La CNIL reconnaît néanmoins une exemption limitée pour certains contrôles de délivrabilité, notamment lorsqu’ils sont strictement liés à un service demandé par le destinataire.
Pourquoi ces demandes arrivent-elles maintenant ?
Le 14 avril 2026, la CNIL a publié de nouvelles recommandations encadrant clairement les pixels de suivi dans les courriels. Pour les utilisations commerciales, publicitaires ou destinées à personnaliser le profil du lecteur, le consentement doit être libre, éclairé et facile à retirer.
Pour les anciennes listes d’adresses, la CNIL a accordé aux professionnels un délai de trois mois afin d’informer les destinataires et de leur permettre de s’opposer au suivi. Ce délai arrive donc à échéance le 14 juillet 2026, ce qui explique la multiplication actuelle de ces sollicitations.
Peut-on refuser ?
Oui. Refuser le pixel de suivi ne devrait pas empêcher de recevoir les courriels auxquels on est inscrit. De plus, le bouton de refus doit être aussi accessible et compréhensible que celui permettant d’accepter.
Avant de cliquer, il reste toutefois prudent de vérifier l’adresse de l’expéditeur et le domaine vers lequel pointe le lien. Une demande légitime de consentement peut malheureusement servir de prétexte à un message d’hameçonnage.
En cas de doute, mieux vaut ne pas utiliser le lien reçu. Rendez-vous directement sur le site officiel du service concerné afin de modifier vos préférences de confidentialité.
Une surveillance discrète devenue banale
Pendant des années, des millions de courriels ont contenu ces pixels sans que leurs destinataires en soient clairement informés. Désormais, les plateformes sont obligées de rendre cette pratique plus visible.
C’est une avancée bienvenue. Toutefois, présenter un outil de profilage comme un simple contrôle technique de distribution reste discutable. Avant d’accepter ce suivi, posons-nous donc une question très simple : l’expéditeur a-t-il réellement besoin de savoir quand nous ouvrons chacun de ses messages ? Dans le doute, refusons le suivi et désactivons le chargement automatique des images externes.
Comment se protéger des pixels de suivi ?
La méthode la plus simple consiste à désactiver le chargement automatique des images externes dans sa messagerie. Les courriels resteront lisibles, mais les photos, logos et illustrations ne s’afficheront qu’après votre autorisation.
Cette précaution bloque la majorité des pixels de suivi, puisque ceux-ci fonctionnent comme de minuscules images téléchargées depuis le serveur de l’expéditeur. Tant que les images distantes ne sont pas chargées, le serveur ne reçoit normalement pas le signal indiquant que vous avez ouvert le message.
Dans Gmail
Depuis un ordinateur, ouvrez les paramètres de Gmail, puis sélectionnez Voir tous les paramètres. Dans l’onglet Général, cherchez la rubrique Images et choisissez :
Demander confirmation avant d’afficher des images externes
Pensez ensuite à enregistrer les modifications en bas de la page. Google propose toujours officiellement ce réglage dans Gmail.
Vous pourrez continuer à afficher les images au cas par cas lorsque vous connaissez l’expéditeur.
Dans Apple Mail
Sur iPhone ou iPad, ouvrez :
Réglages > Apps > Mail > Protection de la confidentialité
Activez ensuite Protéger l’activité dans Mail. Cette fonction masque notamment votre adresse IP et empêche plus efficacement les expéditeurs de déterminer précisément votre activité dans l’application Mail.
Apple télécharge les contenus distants par l’intermédiaire de ses propres serveurs. L’expéditeur ne peut donc plus savoir de manière fiable si vous avez réellement ouvert son message, ni déterminer précisément votre localisation.
Dans les autres messageries
Thunderbird, Outlook et de nombreuses autres applications proposent une option comparable, généralement appelée :
Bloquer les images distantes, Ne pas télécharger automatiquement les images ou Demander avant d’afficher le contenu externe.
Le nom et l’emplacement du réglage peuvent varier selon la version utilisée. En revanche, le principe reste toujours le même : ne pas laisser le logiciel contacter automatiquement les serveurs contenus dans un courriel.
Certaines messageries orientées vers la protection de la vie privée vont encore plus loin. Proton Mail, par exemple, annonce bloquer les pixels espions et nettoyer certains liens de suivi avant leur ouverture.
Attention également aux liens suivis
Bloquer les images ne suffit pas toujours. Les boutons et liens présents dans une newsletter peuvent contenir un identifiant personnel permettant de savoir qui a cliqué.
Par conséquent, avant de cliquer sur un lien reçu par courriel, vérifiez sa destination. Pour consulter votre compte, modifier vos préférences ou vous désabonner, il est souvent plus prudent d’ouvrir directement le site officiel dans votre navigateur.
Enfin, n’autorisez l’affichage des images que pour les expéditeurs que vous connaissez réellement. Cette petite contrainte permet de retrouver un contrôle que les plateformes d’emailing se sont longtemps accordé sans véritablement demander notre avis.





